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Ramadan : des blogueurs marocains refusent le jeûne obligatoire
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270810
Ramadan : des blogueurs marocains refusent le jeûne obligatoire
En 2009, ils s'étaient fait connaître en organisant un pique-nique en plein Ramadan. En 2010, avec le retour du mois sacré, ces jeunes militants marocains ont repris la parole sur le Net.
Leur objectif : défendre les droits de ceux qui ne veulent pas jeûner.
Explications de Najib Chaouki, l'un des blogueurs les plus actifs du mouvement.
« Le seul droit qu'on ait, c'est celui de manger chez soi en cachette »
24.08.2010Propos recueilllis par Camille SarretQue réclamez-vous ?
Notre objectif n'est pas d'appeler au non-jeûne mais de défendre les droits de ceux qui ne veulent pas observer le jeûne pendant le Ramadan. Nous réclamons la suppression de l'article 222 du Code pénal marocain. C'est un texte liberticide.
Que dit cet article 222 ?
Selon notre Code pénal, seuls les juifs marocains, même s'ils ne le font pas parce que c'est très mal vu, ont le droit de manger et de boire en public pendant le Ramadan. C'est l'unique minorité non musulmane reconnue par l'Etat. Tous les autres Marocains sont considérés comme musulmans et sont donc passibles, selon l'article 222, d'une amende et d'un mois à six mois de prison s'ils rompent le jeûne publiquement. Mais comment savoir qui est musulman ? C'est une question de croyance, de choix personnel ! Ce n'est pas parce qu'on naît marocain qu'on est naturellement musulman !
Cet article 222 est un héritage du protectorat français. C'est la France qui a inscrit ce texte au Code pénal marocain pour éviter un conflit entre son armée et les Marocains. C'était pour elle une manière de dire qu'elle respectait la religion et les traditions marocaines. Une façon de calmer ceux qui se rebellaient contre la colonisation.
Résultat, aujourd'hui, le seul droit qu'on ait, c'est celui de manger chez soi en cachette. Pourtant, l'espace public appartient à tous les Marocains, quelles que soient leurs convictions religieuses. On est tous citoyens, on paie tous des impôts. La semaine dernière, deux mineurs à Marrakech se sont fait arrêter parce qu'ils prenaient un sandwich dans la rue. C'est grave ça ! C'est catastrophique.
Mais, pendant ce mois sacré, ne faut-il pas respecter ceux qui jeûnent ? Les non-pratiquants et les non-croyants ne doivent-ils pas faire un effort en limitant les tentations ?
Cela n'a rien avoir avec le respect. C'est une question de droit et de liberté. Nous défendons le droit de ne pas jeûner au nom de la liberté de conscience qui est inscrite dans la Constitution marocaine. L'article 222 impose la religion musulmane à tous les Marocains non juifs et ne respecte donc pas cette liberté de conscience. C'est un texte anti-constitutionnel qui se trouve aussi en contradiction avec de nombreuses conventions internationales signées par le Maroc.
En Tunisie, en Syrie, au Liban ou en Turquie, les restaurants et les cafés sont ouverts toute la journée pendant le Ramadan et cela ne pose aucun problème. Mais au Maroc, le Ramadan, ça va bien au-delà de la religion. C'est le mois le plus sacré de l'année. C'est une tradition intouchable.
Aujourd'hui, votre mobilisation passe essentiellement par Facebook et les réseaux sociaux. Pourquoi ce choix ?
L'année dernière, nous nous sommes fait connaître en organisant un pique-nique en plein Ramadan. Maintenant, nous voulons ouvrir le débat et l'approfondir pour faire évoluer les mentalités au Maroc. C'est notre priorité, notre action. Mais dans les médias traditionnels, c'est impossible de parler de ce problème. C'est tabou. On s'est donc tourné vers Facebook où l'on a ouvert des groupes. Chacun peut intervenir de manière ouverte ou anonyme en utilisant un pseudonyme. Tous les Marocains qui mangent en cachette chez eux peuvent enfin s'exprimer.
Au Maroc, les réseaux sociaux sont devenus des médias à part entière et les jeunes y sont très actifs. Aujourd'hui, le groupe que j'anime depuis le début du Ramadan compte plus de 1200 membres, la plupart ayant entre 18 et 32 ans. C'est très encourageant.
Craignez-vous d'être censuré sur Facebook ?
Non, cela ne me semble pas possible. Mais j'ai reçu des centaines de mails d'insultes et de nombreuses menaces de mort notamment après les interviews que j'ai faites sur des chaînes arabes comme Al Jazeera.
Avez-vous obtenu des soutiens d'associations ou de mouvements politiques marocains ?
Non. Au Maroc, nous sommes assez seuls. L'année dernière, après l'action que nous avons menée pour nous faire connaître, le Conseil du roi a demandé aux partis officiels de signer un manifeste condamnant notre mouvement. Ce qu'ils ont tous fait. Même la gauche, qui est pourtant censée soutenir la modernité et les libertés individuelles, l'a fait. Quant aux intellectuels marocains, ils ne prennent pas position. C'est le grand silence. Seule l'Association marocaine des droits humains nous soutient.
On a aussi obtenu le soutien un peu étrange d'un détenu politique marocain condamné pour terrorisme. Il est islamiste et ne partage pas nos opinions au sujet des libertés individuelles. Mais par l'intermédiaire d'un journal, il participe au débat et défend comme nous la liberté de conscience et de culte ! C'est assez inattendu, mais ça me plaît.
Votre mouvement a t-il fait tâche d'huile dans d'autres pays musulmans ?
En Algérie, après l'arrestation de deux ouvriers du bâtiment qui ont rompu le jeûne en buvant de l'eau, des camarades commencent à se mobiliser. En organisant une manifestation devant le tribunal, ils ont réussi à faire reporter le procès.
http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/ramadan-jeune-maroc-blogueur-aout-2010/p-11322-Ramadan-des-blogueurs-marocains-refusent-le-jeune-obligatoire-.htm
Leur objectif : défendre les droits de ceux qui ne veulent pas jeûner.
Explications de Najib Chaouki, l'un des blogueurs les plus actifs du mouvement.
« Le seul droit qu'on ait, c'est celui de manger chez soi en cachette »
24.08.2010Propos recueilllis par Camille SarretQue réclamez-vous ?
Notre objectif n'est pas d'appeler au non-jeûne mais de défendre les droits de ceux qui ne veulent pas observer le jeûne pendant le Ramadan. Nous réclamons la suppression de l'article 222 du Code pénal marocain. C'est un texte liberticide.
Que dit cet article 222 ?
Selon notre Code pénal, seuls les juifs marocains, même s'ils ne le font pas parce que c'est très mal vu, ont le droit de manger et de boire en public pendant le Ramadan. C'est l'unique minorité non musulmane reconnue par l'Etat. Tous les autres Marocains sont considérés comme musulmans et sont donc passibles, selon l'article 222, d'une amende et d'un mois à six mois de prison s'ils rompent le jeûne publiquement. Mais comment savoir qui est musulman ? C'est une question de croyance, de choix personnel ! Ce n'est pas parce qu'on naît marocain qu'on est naturellement musulman !
Cet article 222 est un héritage du protectorat français. C'est la France qui a inscrit ce texte au Code pénal marocain pour éviter un conflit entre son armée et les Marocains. C'était pour elle une manière de dire qu'elle respectait la religion et les traditions marocaines. Une façon de calmer ceux qui se rebellaient contre la colonisation.
Résultat, aujourd'hui, le seul droit qu'on ait, c'est celui de manger chez soi en cachette. Pourtant, l'espace public appartient à tous les Marocains, quelles que soient leurs convictions religieuses. On est tous citoyens, on paie tous des impôts. La semaine dernière, deux mineurs à Marrakech se sont fait arrêter parce qu'ils prenaient un sandwich dans la rue. C'est grave ça ! C'est catastrophique.
Mais, pendant ce mois sacré, ne faut-il pas respecter ceux qui jeûnent ? Les non-pratiquants et les non-croyants ne doivent-ils pas faire un effort en limitant les tentations ?
Cela n'a rien avoir avec le respect. C'est une question de droit et de liberté. Nous défendons le droit de ne pas jeûner au nom de la liberté de conscience qui est inscrite dans la Constitution marocaine. L'article 222 impose la religion musulmane à tous les Marocains non juifs et ne respecte donc pas cette liberté de conscience. C'est un texte anti-constitutionnel qui se trouve aussi en contradiction avec de nombreuses conventions internationales signées par le Maroc.
En Tunisie, en Syrie, au Liban ou en Turquie, les restaurants et les cafés sont ouverts toute la journée pendant le Ramadan et cela ne pose aucun problème. Mais au Maroc, le Ramadan, ça va bien au-delà de la religion. C'est le mois le plus sacré de l'année. C'est une tradition intouchable.
Aujourd'hui, votre mobilisation passe essentiellement par Facebook et les réseaux sociaux. Pourquoi ce choix ?
L'année dernière, nous nous sommes fait connaître en organisant un pique-nique en plein Ramadan. Maintenant, nous voulons ouvrir le débat et l'approfondir pour faire évoluer les mentalités au Maroc. C'est notre priorité, notre action. Mais dans les médias traditionnels, c'est impossible de parler de ce problème. C'est tabou. On s'est donc tourné vers Facebook où l'on a ouvert des groupes. Chacun peut intervenir de manière ouverte ou anonyme en utilisant un pseudonyme. Tous les Marocains qui mangent en cachette chez eux peuvent enfin s'exprimer.
Au Maroc, les réseaux sociaux sont devenus des médias à part entière et les jeunes y sont très actifs. Aujourd'hui, le groupe que j'anime depuis le début du Ramadan compte plus de 1200 membres, la plupart ayant entre 18 et 32 ans. C'est très encourageant.
Craignez-vous d'être censuré sur Facebook ?
Non, cela ne me semble pas possible. Mais j'ai reçu des centaines de mails d'insultes et de nombreuses menaces de mort notamment après les interviews que j'ai faites sur des chaînes arabes comme Al Jazeera.
Avez-vous obtenu des soutiens d'associations ou de mouvements politiques marocains ?
Non. Au Maroc, nous sommes assez seuls. L'année dernière, après l'action que nous avons menée pour nous faire connaître, le Conseil du roi a demandé aux partis officiels de signer un manifeste condamnant notre mouvement. Ce qu'ils ont tous fait. Même la gauche, qui est pourtant censée soutenir la modernité et les libertés individuelles, l'a fait. Quant aux intellectuels marocains, ils ne prennent pas position. C'est le grand silence. Seule l'Association marocaine des droits humains nous soutient.
On a aussi obtenu le soutien un peu étrange d'un détenu politique marocain condamné pour terrorisme. Il est islamiste et ne partage pas nos opinions au sujet des libertés individuelles. Mais par l'intermédiaire d'un journal, il participe au débat et défend comme nous la liberté de conscience et de culte ! C'est assez inattendu, mais ça me plaît.
Votre mouvement a t-il fait tâche d'huile dans d'autres pays musulmans ?
En Algérie, après l'arrestation de deux ouvriers du bâtiment qui ont rompu le jeûne en buvant de l'eau, des camarades commencent à se mobiliser. En organisant une manifestation devant le tribunal, ils ont réussi à faire reporter le procès.
http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/ramadan-jeune-maroc-blogueur-aout-2010/p-11322-Ramadan-des-blogueurs-marocains-refusent-le-jeune-obligatoire-.htm

Incapervinca- Admin
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Località: Marocco
Ramadan : des blogueurs marocains refusent le jeûne obligatoire :: Commenti
Au Maroc, tout Musulman qui rompt le jeûne du Ramadan dans un lieu public peut se voir puni par une amende et une peine de prison pouvant aller jusqu'à six mois. Mais ces militants sont toutefois déterminés à faire annuler l'Article 222 du Code pénal et à dépénaliser une fois pour toutes la non-observation du Ramadan.
Le débat avait débuté lors du dernier Ramadan, lorsque le MALI (le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles) avait tenté d'organiser un pique-nique pour rompre le jeûne en public, en plein milieu du mois sacré. Un an plus tard, ce groupe et sa proposition continuent d'alimenter la controverse et d'agiter les milieux religieux, et la société dans son ensemble.
Selon Najib Chaouki, l'un des membres fondateurs du MALI, ce groupe n'encourage pas les gens à rompre le jeûne. Il défend les droits des Marocains qui ne jeûnent pas et sont contraints de manger en secret.
"Nous n'essayons pas d'offenser quiconque. Si vous mangez au restaurant, ceux qui jeûnent ne vous voient pas, parce qu'ils sont ailleurs. Cela ne devrait heurter la sensibilité de personne", explique-t-il.
Chaouki a également créé un groupe sur Facebook sur la question : "Les Marocains pour le droit à ne pas jeûner".
Certains citoyens estiment que la campagne du MALI est mal dirigée et contraire aux principes du peuple marocain. Salima Nassimi, une employée de banque, affirme qu'au Maroc, les libertés des groupes minoritaires sont respectées, mais que ces personnes doivent également prendre en compte les sentiments de la majorité des citoyens, qui considèrent le Ramadan comme un mois sacré.
"C'est un débat sans issue, parce que presque tous les Marocains honorent le Ramadan ; même ceux qui ne prient pas et s'adonnent aux drogues et à l'alcool durant le reste de l'année jeûnent et observent ce mois comme quelque chose de spécial. C'est une culture qui est profondément enracinée dans la société marocaine, et il serait inutile de tenter de changer la loi", explique-t-elle.
Un sentiment repris par Mohamed Bradi, un fonctionnaire, qui affirme que ce débat n'apportera rien aux Marocains, et qu'il existe d'autres sujets, bien plus importants pour la société marocaine, qui devraient être abordés à la place.
Pour le député et imam Abdelbari Zemzemi, les opinions religieuses sur la question ne peuvent être plus claires : ceux qui rompent le jeûne chez eux durant le Ramadan ne sont pas concernés. Et il n'est pas légal de les espionner.
Mais manger en public est un acte que les autorités sont dans l'obligation de punir, explique-t-il.
Le ministre marocain de la Communication Khalid Naciri a expliqué à Magharebia que le gouvernement n'avait aucune intention de modifier la loi sur la rupture du jeûne pendant le Ramadan. Il explique que le sujet concerne une interdiction de rompre le jeûne en public afin de préserver l'ordre public ; les tribunaux ne vont pas poursuivre ceux qui mangent chez eux.
Le Maroc est un pays de démocratie et de liberté d'expression. Mais, ajoute-t-il, il existe certaines règles sociales que le gouvernement doit veiller à faire respecter.
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2010/08/30/feature-02
Le débat avait débuté lors du dernier Ramadan, lorsque le MALI (le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles) avait tenté d'organiser un pique-nique pour rompre le jeûne en public, en plein milieu du mois sacré. Un an plus tard, ce groupe et sa proposition continuent d'alimenter la controverse et d'agiter les milieux religieux, et la société dans son ensemble.
Selon Najib Chaouki, l'un des membres fondateurs du MALI, ce groupe n'encourage pas les gens à rompre le jeûne. Il défend les droits des Marocains qui ne jeûnent pas et sont contraints de manger en secret.
"Nous n'essayons pas d'offenser quiconque. Si vous mangez au restaurant, ceux qui jeûnent ne vous voient pas, parce qu'ils sont ailleurs. Cela ne devrait heurter la sensibilité de personne", explique-t-il.
Chaouki a également créé un groupe sur Facebook sur la question : "Les Marocains pour le droit à ne pas jeûner".
Certains citoyens estiment que la campagne du MALI est mal dirigée et contraire aux principes du peuple marocain. Salima Nassimi, une employée de banque, affirme qu'au Maroc, les libertés des groupes minoritaires sont respectées, mais que ces personnes doivent également prendre en compte les sentiments de la majorité des citoyens, qui considèrent le Ramadan comme un mois sacré.
"C'est un débat sans issue, parce que presque tous les Marocains honorent le Ramadan ; même ceux qui ne prient pas et s'adonnent aux drogues et à l'alcool durant le reste de l'année jeûnent et observent ce mois comme quelque chose de spécial. C'est une culture qui est profondément enracinée dans la société marocaine, et il serait inutile de tenter de changer la loi", explique-t-elle.
Un sentiment repris par Mohamed Bradi, un fonctionnaire, qui affirme que ce débat n'apportera rien aux Marocains, et qu'il existe d'autres sujets, bien plus importants pour la société marocaine, qui devraient être abordés à la place.
Pour le député et imam Abdelbari Zemzemi, les opinions religieuses sur la question ne peuvent être plus claires : ceux qui rompent le jeûne chez eux durant le Ramadan ne sont pas concernés. Et il n'est pas légal de les espionner.
Mais manger en public est un acte que les autorités sont dans l'obligation de punir, explique-t-il.
Le ministre marocain de la Communication Khalid Naciri a expliqué à Magharebia que le gouvernement n'avait aucune intention de modifier la loi sur la rupture du jeûne pendant le Ramadan. Il explique que le sujet concerne une interdiction de rompre le jeûne en public afin de préserver l'ordre public ; les tribunaux ne vont pas poursuivre ceux qui mangent chez eux.
Le Maroc est un pays de démocratie et de liberté d'expression. Mais, ajoute-t-il, il existe certaines règles sociales que le gouvernement doit veiller à faire respecter.
http://www.magharebia.com/cocoon/awi/xhtml1/fr/features/awi/features/2010/08/30/feature-02
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